Zürcher Nachrichten - Trump et l'affaire Epstein?

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Trump et l'affaire Epstein?




Fin 2025, un débat politique brûlant a éclaté aux États‑Unis au sujet des liens qu’entretenait l’ancien président américain avec le financier déchu Jeffrey Epstein. Un comité parlementaire a mis en ligne une partie des 23 000 documents récupérés auprès de la succession d’Epstein, dont plusieurs courriels que l’homme d’affaires avait adressés à des proches. Ces échanges ont ravivé l’intérêt pour les relations que Donald Trump a longtemps entretenues avec le milliardaire, tout en renforçant les appels à la transparence concernant cette affaire d’exploitation sexuelle qui continue de choquer l’opinion publique.

Des courriels inédits révélés par le Congrès
L’un des documents les plus commentés est un message envoyé en avril 2011 par Epstein à sa complice Ghislaine Maxwell. Dans ce courriel, il qualifie Trump de « chien qui n’a pas aboyé » et affirme qu’une jeune victime – dont le nom est caviardé – « a passé des heures chez moi avec lui ». Cette allusion a suscité des interrogations parce qu’elle fait écho à de vieilles spéculations concernant la présence de l’ancien président aux fêtes privées du financier. Maxwell lui répond qu’elle y réfléchit, sans donner plus de détails, et aucune preuve d’un quelconque comportement criminel de Trump n’apparaît dans les documents rendus publics.

Dans un second courriel daté de janvier 2019, Epstein écrit à l’auteur Michael Wolff que Trump « savait pour les filles » et ajoute que ce dernier lui aurait demandé de quitter son club de Mar‑a‑Lago. Il précise qu’il « est venu plusieurs fois chez moi et n’a jamais reçu de massage ». L’expression « savait pour les filles » n’est pas explicitée; les correspondances ne disent pas clairement si elle renvoie au trafic de mineures ou à des rumeurs internes. Dans un autre échange de 2019 rendu public, Epstein décrit encore Trump comme « le chien qui n’a pas aboyé », rappelant qu’une victime avait « passé des heures chez moi avec lui ». Les parlementaires démocrates qui ont publié ces documents y voient un motif suffisant pour réclamer davantage de transparence sur les contacts entre Trump et Epstein.

Une troisième série d’e‑mails provient d’échanges avec le journaliste Michael Wolff en décembre 2015. Celui‑ci prévient Epstein que les médias envisagent d’interroger Trump sur sa relation avec le financier. Epstein lui demande alors quel type de réponse pourrait être préparé. Wolff lui conseille de « le laisser se piéger lui‑même » et suggère qu’une réponse maladroite de Trump pourrait servir les intérêts d’Epstein. Ces discussions montrent surtout que des interlocuteurs d’Epstein cherchaient à exploiter politiquement l’image de l’homme d’affaires en pleine campagne présidentielle.

Enfin, parmi les quelque 20 000 pages rendues publiques ultérieurement par des parlementaires républicains, on trouve un échange avec un reporter d’un quotidien new-yorkais en décembre 2015. Epstein y propose d’envoyer « des photos de Donald et de jeunes femmes en bikini dans ma cuisine » et raconte une scène où Trump aurait heurté une porte vitrée en regardant des baigneuses. Dans un autre courriel, il affirme qu’il aurait présenté à Trump une petite amie de vingt ans en 1993 et qu’elle aurait ensuite fréquenté l’homme d’affaires. Aucune preuve indépendante ne vient corroborer ces propos et l’entourage de Trump y voit des vantardises mensongères d’un homme condamné pour exploitation de mineures.

La riposte de la Maison‑Blanche et des Républicains
La publication de ces courriels a déclenché une guerre de communication à Washington. La Maison‑Blanche a accusé l’opposition de « fuites sélectives » destinées à créer un récit sensationnaliste autour du chef de l’État. La porte‑parole Karoline Leavitt a déclaré que les documents ne prouvaient « absolument rien » et a rappelé que Trump avait été banni de son propre club pour avoir réprimandé Epstein, qu’il jugeait trop entreprenant avec des employées. Elle affirme que l’accusation anonyme évoquée dans l’e‑mail de 2011 désigne Virginia Giuffre, une masseuse mineure recrutée au club de Mar‑a‑Lago en 2000, qui n’a jamais accusé Trump de crimes. Giuffre, devenue depuis une figure des poursuites contre Epstein, a déclaré sous serment qu’elle n’avait jamais vu l’ancien président se comporter de manière inappropriée; elle le décrit même comme « très aimable » lors de leur unique rencontre. Des membres du personnel d’Epstein ont également attesté, dans des dépositions judiciaires, ne jamais avoir vu Trump se livrer à des actes déplacés.

Pour sa part, Donald Trump continue de nier catégoriquement tout lien avec les crimes d’Epstein. Il souligne qu’il a mis fin à leur relation au début des années 2000 et affirme avoir interdit l’accès de son club au financier après avoir découvert qu’il embauchait des employées à son insu. Sur son réseau social, il a qualifié le scandale de « canular » orchestré par ses opposants et a accusé ces derniers de vouloir détourner l’attention de l’actualité politique, notamment de la paralysie budgétaire du gouvernement. Trump a par ailleurs exigé la publication intégrale de tous les dossiers liés à Epstein afin de prouver qu’il n’a rien à cacher, se disant prêt à soutenir un projet de loi bipartisan qui obligerait le ministère de la Justice à dévoiler l’ensemble des archives.

Les élus républicains proches du président estiment que les démocrates exploitent l’affaire à des fins électorales. Ils soulignent que les documents mis en avant concernent essentiellement des commentaires d’Epstein et non des preuves factuelles. Plusieurs d’entre eux reconnaissent néanmoins la nécessité de rendre publics tous les dossiers pour mettre fin aux spéculations. Une pétition portée par des parlementaires de différents bords a ainsi permis de réunir les signatures nécessaires pour forcer l’examen d’un texte imposant la déclassification des documents restants.

L’appel à la transparence et le contexte politique
La divulgation partielle des e‑mails s’inscrit dans une bataille plus vaste sur la transparence autour du dossier Epstein. Depuis le suicide en prison du financier en 2019, de nombreuses questions subsistent sur le rôle qu’ont pu jouer certaines personnalités influentes. Epstein avait déjà été condamné en 2008 pour sollicitation de prostitution, dont auprès d’une mineure, et purgeait une peine légère négociée avec les procureurs. Sa complice Ghislaine Maxwell a été condamnée en 2021 à vingt ans de prison pour avoir participé au recrutement des victimes. Les élus qui réclament la divulgation des archives souhaitent savoir qui a bénéficié de l’accord de non‑poursuite de 2008 et pourquoi certaines personnes n’ont jamais été inquiétées.

La question ressurgit alors que le Congrès est paralysé depuis plusieurs semaines par un conflit budgétaire provoquant la fermeture d’administrations fédérales. Certains observateurs estiment que la publication des courriels vise aussi à exercer une pression politique sur la Maison‑Blanche en pleine crise, tandis que d’autres y voient une manœuvre pour distraire le public des difficultés économiques et sociales du moment. Quoi qu’il en soit, l’affaire a suscité un rare accord entre démocrates et une partie des républicains pour exiger la transparence sur le dossier Epstein. Une proposition de loi, soutenue par plus de 200 élus, obligerait l’exécutif à rendre publics tous les documents non classifiés dans les trente jours. Son adoption reste incertaine au Sénat, mais le climat politique pourrait y favoriser un vote rapide.

Signification des révélations
Les nouveaux e‑mails ne constituent pas des preuves de délits commis par Donald Trump. Ils montrent plutôt qu’Epstein évoquait souvent l’ancien président dans ses correspondances et semblait désireux d’exploiter cette relation à son avantage. Les messages dépeignent un financier cherchant à attirer l’attention des journalistes en affirmant qu’il disposait de photos embarrassantes ou en laissant entendre qu’il connaissait des secrets sur Trump. Le fait que ces propos soient relayés sans vérification souligne l’importance d’une approche prudente : Epstein était un criminel condamné dont la parole doit être examinée avec prudence. Jusqu’à présent, aucun des documents rendus publics n’accuse directement Trump d’avoir participé au réseau d’exploitation sexuelle, et les seules personnes nommées dans les courriels – notamment Virginia Giuffre – ont affirmé qu’il n’était pas impliqué.

La controverse révèle néanmoins l’ampleur des liens sociaux qu’entretenait Epstein avec des membres de l’élite économique et politique des années 1990 et 2000. Trump reconnaît avoir côtoyé le financier pendant environ quinze ans avant de l’écarter. Les courriels illustrent aussi la manière dont certains journalistes et écrivains cherchaient à obtenir des confidences d’Epstein sur ce cercle d’amis influents et à en faire un levier médiatique. Enfin, l’affaire met en lumière les tensions internes au Parti républicain : de nombreux électeurs conservateurs reprochent au président de ne pas avoir divulgué plus tôt les dossiers Epstein, ce qui pourrait fragiliser sa base électorale.

Conclusion?
Les nouvelles correspondances divulguées par le Congrès ne démontrent pas que Donald Trump ait participé aux crimes de Jeffrey Epstein. Elles soulignent toutefois la nécessité d’une transparence complète sur cette affaire pour éviter que des rumeurs infondées n’alimentent les théories conspirationnistes. En soutenant désormais la divulgation totale des dossiers, l’ancien président tente de reprendre la main sur un scandale qui menace d’éroder sa crédibilité. La balle est désormais dans le camp des parlementaires, qui doivent décider s’ils dévoilent l’ensemble des documents, et dans celui de la justice, qui doit veiller à protéger les victimes tout en répondant à la soif de vérité de l’opinion.