Zürcher Nachrichten - Noms cachés d’Epstein

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Noms cachés d’Epstein




En novembre 2025, le Congrès américain a adopté une loi de transparence obligeant le département de la Justice à rendre publics les dossiers d’enquête liés au financier Jeffrey Epstein et à son ancienne complice Ghislaine Maxwell. Malgré une date limite fixée au 19 décembre 2025, la publication s’est étalée sur plusieurs mois. Fin janvier 2026, plus de trois millions de pages de documents, accompagnées de vidéos et de photographies, ont été mises en ligne. Ces dossiers, provenant de deux décennies d’enquêtes, comprennent des courriels, des transcriptions d’interrogatoires, des registres d’appels et des milliers d’images, dont certaines montrent des visites de personnalités de tous horizons.

La loi prévoit que seules les informations permettant d’identifier des victimes, compromettant une enquête en cours ou susceptibles de porter atteinte à la sécurité nationale puissent être censurées. Les documents publiés étaient pourtant largement caviardés, et certains noms de victimes apparaissaient encore visibles. Des parlementaires ont donc accusé le département de la Justice d’avoir appliqué un traitement “en bloc”, retirant des noms qui ne bénéficiaient d’aucune protection légale.

Révélation de six noms cachés
Le 9 février 2026, les représentants Ro Khanna et Thomas Massie ont consulté, au siège du département de la Justice, des versions non caviardées des documents. Ils ont découvert que plusieurs noms d’hommes ayant fréquenté Epstein avaient été masqués sans justification. Dès le lendemain, Ro Khanna a pris la parole à la Chambre des représentants pour dénoncer ces omissions et a révélé six noms dont l’identité avait été occultée. Il a souligné qu’en deux heures d’examen, ils avaient retrouvé six personnes et a mis en garde contre le nombre potentiel de noms encore dissimulés dans les millions de pages restantes.

Les noms dévoilés sont :

Leslie Wexner:
Milliardaire américain ayant construit un empire commercial autour de marques de mode et de cosmétique. Son lien avec Epstein était connu, puisqu’il lui avait confié la gestion de ses investissements. Les nouveaux documents révèlent que le FBI l’avait désigné comme “co‑conspirateur” dans une note interne de 2019, sans qu’aucune accusation pénale ne soit retenue contre lui. Wexner affirme avoir rompu toute relation avec Epstein en 2007 et assure avoir coopéré comme source d’information au profit des enquêteurs.

- Sultan Ahmed bin Sulayem:
Homme d’affaires émirati, dirigeant du groupe logistique DP World. Des échanges de courriels montrent qu’il correspondait avec Epstein encore en 2015 et qu’il aurait visité l’île privée du financier. Dans une lettre, il évoque une relation avec une étudiante et tient des propos explicites. Son nom a été redouté plusieurs milliers de fois dans les fichiers. Suite à ces révélations, DP World a annoncé le 13 février 2026 que bin Sulayem démissionnait de son poste de président et directeur général, remplacé par un nouveau duo de dirigeants.

- Nicola Caputo, Salvatore Nuara, Zurab Mikeladze et Leonic (Leonid) Leonov:
Ces quatre personnes sont très peu connues et n’occupent pas de postes publics. Deux d’entre elles ont expliqué aux journalistes qu’elles n’avaient aucun lien avec Epstein et que leur photo avait été prise lors d’une arrestation sans rapport, ce qui expliquerait leur présence dans un tableau de reconnaissance établi par la police. L’un des hommes, un informaticien du quartier du Queens, a indiqué qu’il n’avait jamais rencontré Epstein et qu’il avait été confondu avec un homonyme.

L’inclusion d’un nom dans ces fichiers ne signifie pas nécessairement culpabilité ; il peut s’agir de correspondances, de carnets d’adresses ou de pièces de procédure. Khanna n’a présenté aucune preuve de crimes commis par ces personnes et a rappelé que leur mention ne les inculpait pas.

Réactions et controverses
La divulgation de ces noms a intensifié les critiques visant l’administration américaine. Les élus considèrent que le ministère de la Justice a occulté des identités de personnes influentes “sans raison apparente” et qu’il a reçu des dossiers déjà expurgés par le FBI. Ils rappellent que la loi interdit expressément toute censure visant à éviter l’embarras d’un responsable gouvernemental ou d’une personnalité étrangère. Le ministère, par la voix de son vice-ministre, Todd Blanche, affirme avoir respecté la loi et assure que les noms ont été supprimés par erreur ou pour protéger des informations personnelles telles que des adresses électroniques. Il note que certains noms, comme celui de bin Sulayem, apparaissent non caviardés dans d’autres documents.

Les révélations ont aussi mis en lumière des failles dans la gestion des documents. Des avocats représentant des victimes ont signalé que des milliers de pages diffusaient des photos dénudées permettant de reconnaître les visages de jeunes femmes. Le ministère a admis des erreurs techniques et a retiré certains fichiers pour revoir les procédures de caviardage.

L’ampleur du dossier et les conséquences
Les nouveaux documents rappellent l’ampleur du réseau mis en place par Jeffrey Epstein. Ils contiennent des registres de vols montrant que des hommes politiques ont voyagé à bord de son avion privé, des transcriptions d’agents du FBI relatant les témoignages de jeunes filles payées pour des actes sexuels, et des vidéos montrant son île privée et des jeunes femmes filmées dans des situations compromettantes. Certains courriels montrent qu’Epstein restait en relation avec des personnalités après sa condamnation de 2008, tentant de se réintroduire dans les cercles d’affaires et de politique.

Les révélations de Ro Khanna et Thomas Massie ont eu un effet immédiat : elles ont poussé le département de la Justice à lever certaines censures et à promettre un examen minutieux des redactions. Elles ont également conduit au départ de Sultan Ahmed bin Sulayem de son poste de PDG d’une multinationale portuaire et ont ravivé le débat sur la protection des victimes et la responsabilité des personnes ayant profité du système d’Epstein. Les familles des victimes espèrent que cette transparence permettra de mieux comprendre comment le financier a pu échapper pendant des années à des poursuites sévères et de mettre en lumière les complicités qui ont favorisé ses crimes.