Zürcher Nachrichten - Indonésie: une légende de la cuisine de rue attire les foules aux aurores

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Indonésie: une légende de la cuisine de rue attire les foules aux aurores
Indonésie: une légende de la cuisine de rue attire les foules aux aurores / Photo: JUNI KRISWANTO - AFP

Indonésie: une légende de la cuisine de rue attire les foules aux aurores

Avant l'aube, dans la ville indonésienne de Yogyakarta renommée pour sa cuisine de rue, une file de clients à moitié endormis serpente en attendant la star locale.

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A 5 heures tapantes, une vieille femme frêle vêtue d'un sarong apparaît à l'arrière d'une moto noire.

Elle descend lentement en agrippant son panier qui contient les friandises qu'elle vend depuis plus d'un demi-siècle.

A 76 ans, Mbah Satinem a longtemps été un secret gastronomique connu des seuls habitants de la capitale culturelle indonésienne, mais elle est devenue une star après être apparue dans une série de Netflix de 2019 "Street Food: Asia".

Chaque jour, elle ouvre son stand avant l'aube et se penche sur une table pour préparer et vendre les friandises traditionnelles connues sous le nom de "jajan pasar".

Elle dispose sur une feuille de bananier plusieurs desserts dont le "lupis" fabriqué avec du riz gluant.

Un autre met recherché est le "tiwul", cuisiné avec de la farine de manioc, du sucre de palme et du "cenil" une gelée de farine de tapioca.

"Je vends des lupis depuis très longtemps, rien n'a changé", dit-elle sur le stand qu'elle occupe depuis 1963.

"Le lupis et moi-même sont faits l'un pour l'autre", assure-t-elle dans un rire.

- bagarres pour des gâteaux -

Elle coupe le gâteau avec un fil de nylon, le place délicatement sur la feuille de bananier et y verse du sucre de palme en liquide épais avant de le saupoudrer de noix de coco râpée, pour un petit déjeuner qui attire les foules.

La recette est un secret transmis par sa mère. Et la cuisson au feu de bois donne à cette friandise une saveur fumée.

"J'aidais ma mère à faire ces friandises. Quand elle a vu que je les préparais mieux qu'elle, elle m'a demandé si je voulais les vendre. J'ai répondu oui".

"Elle m'a demandé à nouveau si je ne serais pas intimidée de le faire, mais j'ai assuré que non. Alors elle a bien voulu que je cuisine ces friandises".

Le stand de Mbah Satinem est à présent entouré de plusieurs dizaines de clients qui observent, fascinés, ses gestes et les filment avec leurs téléphones.

"Le goût de son lupis reste le même", souligne Budi, un habitant de la ville de 49 ans.

"La saveur et la consistance gluante du lupis, avec une sauce brune épaisse, c'est délicieux."

Ses friandises, vendues jusqu'à 9H000 seulement pour 10.000 roupies (66 centimes d'euro) pièce, sont si populaires qu'elle a dû attribuer des numéros aux clients qui patientent, après des bagarres pour ses gâteaux.

- "Ca vaut la peine" -

Les clients qui doivent patienter plus d'une heure pour satisfaire leur gourmandise viennent de toute l'île de Java, où se situe Yogyakarta.

Rama Luhur, qui vient de Jakarta, la capitale indonésienne, a attendu près de deux heures pour pouvoir goûter au fameux lupis, après avoir longtemps salivé devant la série de Netflix.

"Ca vaut la peine. On peut trouver des +jajan pasar+ partout, mais j'apprécie son travail difficile", dit l'Indonésien de 39 ans à l'AFP.

Les efforts de Mbah Satinem ne cessent que pendant le mois du jeûne du ramadan. Tous les autres jours, elle se lève au milieu de la nuit pour cuisiner.

"Je me réveille en général vers une heure du matin et je vais au lit après l'isha", la prière du soir vers 20H000, dit-elle.

A cause de son âge, le stand de la vieille dame est devenue une entreprise familiale.

Son mari se charge du riz gluant, son fils gère le feu de bois, sa fille la conduit sur son stand et l'aide pendant les quatre heures où elle y travaille.

Quand on lui demande pourquoi elle n'abandonne pas son stand, tenu habituellement par des jeunes, la légende de la cuisine de rue répond par un simple rire.

Sa fille Mukinem avance une réponse.

"Elle aime cela, elle adore fabriquer ces friandises". "Et elle ne peut pas rester tranquille"

Y.Keller--NZN