Zürcher Nachrichten - "Je veux rentrer": abandonnés au Cap-Vert, les marins indonésiens veulent leur salaire

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"Je veux rentrer": abandonnés au Cap-Vert, les marins indonésiens veulent leur salaire
"Je veux rentrer": abandonnés au Cap-Vert, les marins indonésiens veulent leur salaire / Photo: Queila Fernandes - AFP

"Je veux rentrer": abandonnés au Cap-Vert, les marins indonésiens veulent leur salaire

Abandonnés depuis des mois dans un port du Cap-Vert, Surono, un marin indonésien, et ses compagnons d'équipage sont confrontés à un dilemme : rentrer chez eux sans avoir perçu un an de salaire ou rester à bord armés seulement d'espoir.

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A 47 ans, ce mécanicien de marine fait partie d'un nombre croissant de travailleurs migrants abandonnés par les armateurs, qui bafouent leurs obligations et abandonnent les équipages sans les payer.

"Ma famille pleure parce que je n'arrive pas à gagner d'argent. Mes enfants et ma femme en ont besoin pour manger", se lamente Surono, joint par l'AFP sur le navire.

"Nous avons travaillé sans relâche en mer. Comment pouvons-nous être abandonnés comme ça ?", déplore cet homme qui comme beaucoup d'Indonésiens ne porte qu'un seul nom.

Surono a pris l'avion depuis l'Indonésie pour la Namibie en mars 2025 afin d'embarquer sur le Novo Ruivo, un thonier battant pavillon portugais.

Mais peu après avoir accosté à Porto Grande, au Cap-Vert, en septembre, pour décharger le produit de la pêche, le propriétaire du navire a pris la fuite, emportant les passeports de l'équipage et sans régler les salaires.

Après la campagne de pêche et les cinq mois bloqué à Porto Grande, dans la baie de Mindelo, l'armateur a désormais une dette de 13.200 dollars affirme Surono, dont le salaire mensuel est de 1.200 dollars.

Sans cet argent, sa famille qui vit à Tegal, sur l'île de Java, fait face à de graves difficultés financières.

"Pour survivre, je suis obligée de m'endetter", a confié à l'AFP son épouse Kiki Andriani, 38 ans. "Je veux que mon mari rentre, mais s'il revient sans son salaire, une année entière de travail aura été perdue".

- 6.200 marins abandonnés -

Selon l'Organisation internationale du Travail (OIT), un navire est considéré comme abandonné en fonction de certains critères, notamment lorsque l'armateur ne prend pas en charge les frais de rapatriement de l'équipage, rompt tout contact avec celui-ci et ne verse pas les salaires pendant au moins deux mois.

Selon des chiffres de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) publiés le mois dernier, le nombre d'abandons a fortement augmenté ces dernières années, bondissant de plus de 30% en 2025, avec quelque 6.200 marins de toutes nationalités bloqués à bord de 410 navires.

Surono a contacté l'ITF qui a signalé le navire abandonné aux autorités.

"Nous leur avons proposé de les rapatrier dès le premier jour, mais ils ont refusé car ils craignent de ne pas recevoir leur argent", explique à l'AFP Gonzalo Galan, l'inspecteur de l'ITF chargé de l'affaire.

Le dernier recours de l'équipage consiste à obtenir une ordonnance du tribunal pour saisir et vendre le bateau afin de couvrir les dettes du propriétaire, une option que l'ITF étudie actuellement.

- armateur espagnol -

Contacté par l'AFP en Espagne, l'armateur espagnol Javier Martinez, assure qu'il ne dispose pas des fonds nécessaires pour régler les salaires mais qu'il s'efforce de résoudre le problème.

"Ils n'ont pas été abandonnés. Ils ont tout ce dont ils ont besoin à bord du bateau : électricité, eau potable et nourriture", affirme-t-il.

"Vous croyez que je ne suis pas encore plus pressé qu'eux de résoudre ce problème ? Le fait que le bateau soit stationné là me coûte énormément d'argent", ajoute-t-il, assurant verser 50 euros de temps en temps à chaque marin, ce qui permet de payer les appels téléphoniques et un peu de nourriture.

Selon Surono, l'équipage, composé de six Indonésiens et de six Angolais, se nourrit principalement de riz et d'aliments surgelés.

Les travailleurs du secteur de la pêche sont couverts par la convention n°188 de l'OIT, une réglementation très faible et mal appliquée, juge M. Galan.

"En substance, cela prévoit simplement qu'un pêcheur doit avoir un contrat de travail écrit et que les salaires doivent être versés à intervalles réguliers, mais cela ne précise pas la fréquence de ces versements", précise-t-il.

L'agence de recrutement indonésienne qui a embauché Surono a accepté la semaine dernière de lui verser la moitié de son salaire, mais il est peu probable qu'il touche un centime de plus s'il quitte le navire, ajoute M. Galan.

"Je veux faire respecter mes droits. Nous avons travaillé et nous réclamons nos salaires car nous avons des familles", confie encore Surono.

F.E.Ackermann--NZN