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Sous un soleil écrasant, vêtus de noir et brandissant des portraits de leur dirigeant tué Ali Khamenei, des pèlerins iraniens ont convergé vers l'Irak pour célébrer l'Arbaïn, événement le plus sacré de l'islam chiite, pour la première fois depuis la guerre.
Certains piétinent un portrait du président américain Donald Trump, d'autres lèvent le poing ou font le signe de la victoire, alors que de nouvelles frappes continuent d'ébranler la région, replongeant l'Irak dans les soubresauts du Moyen-Orient.
Amir, chauffeur de pick-up de 55 ans, raconte qu'il participe depuis des années aux cérémonies de l'Arbaïn en Irak, mais que cette édition revêt une dimension particulière.
"La différence, c'est que nous sommes en guerre. Aujourd'hui, les Etats-Unis nous attaquent (...) pourtant, cette foule que vous voyez a tout laissé derrière elle" pour participer à l'Arbaïn, témoigne ce père de trois enfants au poste-frontière irakien d'Al-Zurbatiyah.
L'Arbaïn, qui signifie "quarante" en arabe, marque le quarantième jour de deuil commémorant le martyre de l'imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet et figure fondatrice du chiisme.
Il s'agit de l'un des plus grands rassemblements religieux au monde, attirant chaque année des millions de fidèles en Irak, dans la ville de Kerbala, où Hussein et son frère Abbas sont enterrés.
Le pèlerinage de cette année se déroule dans l'ombre de la guerre déclenchée par l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, un conflit dont les répercussions n'ont pas épargné l'Irak.
Quelques heures avant l'arrivée d'Amir en Irak, des frappes américano-saoudiennes ont tué 20 combattants, dont cinq Iraniens, dans sept provinces irakiennes, après que Ryad a accusé des groupes armés pro-iraniens d'avoir attaqué son territoire.
"Il y a de l'angoisse et de la peur" à cause de la guerre, et l'économie souffre davantage encore, déplore Amir. Mais "nous leur faisons face et nous résisterons, même si nous devons survivre avec du pain sec".
- "Venger notre dirigeant" -
Les liens entre l'Irak et son voisin iranien, deux pays à majorité chiite, sont profonds et façonnés à la fois par la religion et la politique.
Quelques semaines plus tôt, la dépouille d'Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre, a été transférée à Kerbala puis dans la ville sainte voisine de Najaf, où d'immenses foules lui ont rendu hommage lors d'un cortège funéraire de six jours, parti de Téhéran et achevé par son inhumation dans la ville iranienne de Machhad.
Fatemeh Moradi, pèlerine de 52 ans, a déjà participé au moins cinq fois à l'Arbaïn, mais cette année elle est venue "pour notre dirigeant martyr, en son nom et au nom de tous les martyrs".
Mme Moradi a perdu de nombreux proches pendant la guerre, mais pour elle, "le martyre est une source de fierté".
Les chiites pratiquants accordent une grande importance au martyre et commémorent la bataille de Kerbala, en 680, au cours de laquelle Hussein a été tué par le calife omeyyade Yazid.
Durant l'Arbaïn, ils expriment ouvertement leur douleur, pleurant et se lamentant en mémoire de Hussein.
Au poste-frontière d'Al-Zurbatiyah, de grands ventilateurs diffusent une fine brume pour atténuer la chaleur tandis que les pèlerins défilent devant des portraits de Khamenei, de son fils et successeur Mojtaba, ainsi que d'autres commandants tués appartenant à ce que l'Iran appelle "l'axe de la résistance".
Le long des routes, des Irakiens les accueillent avec des boissons et de la nourriture gratuites, perpétuant la tradition d'offrir des rafraîchissements aux pèlerins.
Les autorités irakiennes ont indiqué vendredi qu'environ 3,5 millions de pèlerins étrangers étaient déjà entrés en Irak pour participer à l'Arbaïn.
Hamed Kameli, électricien iranien de 39 ans, a fait le voyage depuis la ville sainte iranienne de Qom pour participer aux cérémonies de Kerbala, pour la première fois depuis sept ans.
"En raison de l'agression contre mon pays, notre présence ici est forcément très différente des années précédentes", souligne-t-il. "Nous n'abandonnerons jamais notre pays (...) nous vengerons notre dirigeant", martèle-t-il.
O.Meier--NZN