Zürcher Nachrichten - Affaire Prizzon: après l’horreur, "l’urgence" absolue de soigner les enfants

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Affaire Prizzon: après l’horreur, "l’urgence" absolue de soigner les enfants
Affaire Prizzon: après l’horreur, "l’urgence" absolue de soigner les enfants / Photo: MYCHELE DANIAU - AFP/Archives

Affaire Prizzon: après l’horreur, "l’urgence" absolue de soigner les enfants

Les mineurs exposés à des violences intrafamiliales, comme les deux enfants de l'ex-policier soupçonné d'un double féminicide qui doivent être rapatriés du Portugal jeudi, doivent bénéficier en urgence de soins spécialisés en psychotrauma, alertent des experts.

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"C'est une urgence médico-psychologique, comme pour une attaque cardiaque: il faut agir immédiatement", explique la psychiatre Muriel Salmona, présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie. Sans une prise en charge rapide et une protection adaptée, ces "blessures internes peuvent avoir des conséquences graves au long de la vie."

Soupçonné d'avoir tué son ex-conjointe puis sa compagne actuelle, Cédric Prizzon a été interpellé au Portugal, avec ses deux enfants, un garçon de 12 ans et une fillette d'un an et demi. Ces enfants doivent être remis aux autorités françaises jeudi à Lisbonne, placés sous la responsabilité de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) avant qu'un juge des enfants ne fixe les modalités de leur prise en charge.

Selon des médias, le garçon aurait été forcé par son père de faire le guet pendant qu'il enterrait les corps.

"Ce garçon a probablement assisté voire participé à des scènes insoutenables et craint de mourir lui-même. Ils ont perdu leur père et leur mère", souligne la psychologue Azucena Chavez, responsable de la consultation enfants au Centre du psychotrauma de l'Institut de victimologie (CPIV).

Les spécialistes alertent sur l'"état dissociatif" fréquent chez les victimes.

"Le cerveau peut parfois "disjoncter" pour se protéger: la personne est dissociée, coupée de ses émotions. L'enfant peut jouer ou sourire. C’est paradoxalement un signe clinique de gravité extrême qu’il ne soit pas en train de pleurer et hurler", prévient le Dr Salmona.

La fillette de 18 mois est aussi en danger. "Elle a perdu sa mère à un âge crucial. Son cerveau est capable de percevoir le danger même sans le comprendre. Même sans souvenirs conscients, le trauma pourrait l'envahir durablement si rien n'est fait", alerte cette ancienne membre de la Ciivise (Commission indépendante sur les violences sexuelles faites aux enfants).

La psychiatre rappelle le cas d'une patiente qui avait deux ans lorsque son père a tué sa mère en sa présence. "A 22 ans, elle avait des idées suicidaires, vivait des cauchemars où elle était noyée dans le sang, avec sensation de mort imminente", évoque-t-elle.

Les enfants grandissant dans un climat de violences intrafamiliales vivent dans un climat d'angoisse, de danger perpétuel, d'insécurité très préjudiciable à leur développement, souligne Azucena Chavez.

- "Un enjeu de santé publique majeur" -

Ils mettent en place des stratégies de survie: soumission, évitement, auto-censure, hyper-vigilance, avec une estime de soi souvent catastrophique, des carences affectives, des troubles émotionnels, relèvent les psychiatres. Ils peuvent avoir des comportements violents vis-à-vis d'eux-mêmes ou d'autrui.

Enfin le trauma peut créer aussi des troubles cognitifs, comme des difficultés d'apprentissage, de concentration, de mémorisation. Peuvent s'y ajouter des troubles de l’alimentation et du sommeil (insomnies, cauchemars et terreurs nocturnes).

Selon ces experts, ces enfants ont besoin d'une protection immédiate. Le juge des enfants va regarder dans l'entourage familial si un tiers peut les prendre en charge. Sinon ils seront confiés à l'ASE, en famille d'accueil ou dans des foyers.

"Ils ont besoin d'une famille d'accueil rassurante et bienveillante. Mieux vaut éviter la famille du père, qui peut minimiser ou entretenir une ambivalence sur les événements nuisible à la reconstruction de l'enfant", explique Azucena Chavez.

L'accès aux soins spécialisés en psychotrauma reste problématique: beaucoup d'enfants de l'ASE n'y ont pas accès faute de structures et de professionnels formés, en particulier dans le secteur public.

"Or plus la prise en charge est rapide, plus l'enfant peut être résilient", relève Azucena Chavez.

Sans protection, ni soins, les troubles post-traumatiques peuvent s'installer à long terme avec un impact très lourd: dépression, envies suicidaires, troubles anxieux sévères, addictions, conduites à risque. La personne a plus de risques de devenir victime d'agressions, ou, plus souvent si c'est un garçon, commettre à son tour des violences.

Le psychotrauma peut aussi favoriser la survenue de cancers ou de troubles cardio-vasculaires, selon les médecins.

Soigner les enfants co-victimes de violences conjugales "est donc un enjeu de santé publique majeur", explique le Dr Salmona.

Y.Keller--NZN