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Belle-Île-en-Mer: ses plages, son GR époustouflant, ses paysages de carte postale, mais aussi des conflits d'usage sur des routes étroites et vallonnées entre vélos et voitures, habitants et touristes. Des tensions qui s'exacerbent en haute saison.
"En fin de compte, à Belle-Île, c'est la voiture qui domine tout: on se déplace majoritairement avec elle", peste Nicole Lenoble, 71 ans, qui habite à Locmaria. Dans les années 1990, "on allait au bourg à pied, on ne se sentait pas en insécurité, maintenant ce n'est plus possible, les voitures prennent trop de place".
Car contrairement à d'autres îles bretonnes plus petites et plus plates, Belle-Île, où habitent 5.600 personnes à l'année, nécessite l'usage d'une voiture en raison des distances, 17 km du nord au sud et 9 km d'est en ouest.
Selon l'Insee, la part des moyens de transport utilisés pour se rendre au travail en 2022 était de 71% pour la voiture ou le camion, contre 1,8% pour les transports en commun et 4,5% pour le vélo...
Et avec l'arrivée de 400.000 touristes entre avril et septembre, la situation se complique aux beaux jours.
"Sur des routes qui ne sont pas très larges, il y a des voitures de plus en plus grosses et qui ont aussi pris 10 cm de largeur en dix ans", explique Marc Suquet de l'association Belle-Île en vélo. Les accidents évités sont "des miracles un peu tous les jours", poursuit-il, confiant son "stress" sur les routes, un sentiment partagé par de nombreux Bellilois interrogés.
"On a tous croisé une famille avec des enfants de trois ans qui ne savent pas faire du vélo et zigzaguent sur la grand-route", qui relie le nord au sud avec une limite de vitesse atteignant 80 km/h, relève Garance Guillaume, maire-adjointe en charge des mobilités.
Propriétaire d'un bar à Palais, elle distribue même des gilets jaunes aux fêtards pour éviter le même drame qu'en 2024 quand un jeune saisonnier avait été fauché sur une route mal éclairée en pleine nuit.
- "20 ans de retard" -
Selon une étude diffusée en décembre "Se déplacer au quotidien à Belle-Île-en-Mer", en haute saison, 96% des personnes sondées estiment "la circulation problématique" tandis que les piétons et les cyclistes "apparaissent particulièrement vulnérables à cette saturation, confirmant une contrainte forte pour les mobilités douces".
Et contrairement à l'île de Ré, Noirmoutier ou Groix, Belle-Île "accuse vingt ans de retard sur le développement du vélo", pointe M. Suquet.
"Ca monte, ça descend sans arrêt, ça vire, ça tourne: on n'est pas sur des routes où l'on peut facilement faire des pistes cyclables", explique David Lappartient, président du conseil départemental du Morbihan.
Mais il se dit prêt à rouvrir le dossier d'une voie cyclable le long de la grand-route, "intégralement aux frais du département", un investissement "de plusieurs millions", quand un consensus entre les quatre maires sera trouvé.
Outre la construction de cette grande piste cyclable, certains habitants évoquent le développement des transports publics et la possibilité d'augmenter encore le tarif des voitures les plus imposantes pour le passage en bateau. Sachant que le tarif en haute saison pour les voitures de plus d'1,8 tonne est déjà de 489 euros.
"Nous les Îliens, on a tendance à avoir des voitures de petite catégorie. Et on voit débarquer des gros SUV, de plus en plus lourds et larges, avec des gens qui ont les moyens, donc c'est une option", argue un commerçant de Palais qui préfère rester anonyme.
Nicole et Alain Lenoble ont eux décidé de se tourner vers les véhicules intermédiaires électriques, avec leur look mi-jeep mi-Méhari, beaucoup plus adaptés avec leur poids d'environ 500 kg. Un salon pour promouvoir ce type de véhicules a même été organisé à Palais en octobre.
"Pour un territoire comme celui de Belle-Île ce type de véhicule apporte pas mal d'atouts, notamment sur le sujet de (...) la forte fréquentation des routes", plaide Jacqueline Roisil, directrice régionale de l'Ademe.
Ch.Siegenthaler--NZN