Zürcher Nachrichten - En Malaisie, une usine veut extraire les terres rares de la mainmise chinoise

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En Malaisie, une usine veut extraire les terres rares de la mainmise chinoise
En Malaisie, une usine veut extraire les terres rares de la mainmise chinoise / Photo: Arif Kartono - AFP

En Malaisie, une usine veut extraire les terres rares de la mainmise chinoise

Dans une usine de Malaisie, des centaines de gros sacs sont prêts à être expédiés: ils renferment des terres rares finement triées et incarnent l'ambition de l'entreprise australienne Lynas de réduire la domination chinoise sur le marché de ces minéraux critiques.

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Un chariot élévateur jaune s'affaire à proximité des sacs bombés d'une tonne, tous dotés de poignées de diverses couleurs révélant leur contenu: néodyme, praséodyme ou autre lanthane.

Ces éléments métalliques appartiennent à un groupe de 17 terres rares - en réalité moins rares que difficiles et coûteuses à extraire - utilisées pour fabriquer des aimants permanents, employés dans de larges pans de l'économie comme l'automobile, les appareils électroniques, l'éolien, l'aérospatial ou encore la défense, avec les avions de chasse.

Vitales pour la technologie, elles sont devenues un point de friction dans la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, cette dernière extrayant environ 60% des terres rares de la planète et en raffinant environ 90%.

Alors que de nombreux pays cherchent désormais des alternatives aux approvisionnements chinois, le groupe minier Lynas, premier producteur mondial de terres rares hors de Chine, veut faire baisser la demande en provenance de Pékin et augmenter sa part dans la filière de la production des terres rares, d'environ 10% actuellement.

"La Chine a bâti son succès sur la mise en oeuvre d'un plan industriel clair, cela nous oblige à prendre la question au sérieux", déclare à l'AFP la directrice générale de l’entreprise, Amanda Lacaze.

Pour contrer la domination chinoise, il faudra "de la discipline, de la concentration et une planification précise", a-t-elle exposé à l'occasion d'une rare ouverture à la presse de son usine malaisienne de Gebeng.

Proche de la ville côtière de Kuantan (est), cette usine de traitement des terres rares est la plus grande au monde à concentrer toutes les étapes sur un même site.

Lynas a déjà "brisé le monopole chinois sur les terres rares légères séparées en 2013 et celui sur les terres rares lourdes séparées en mai dernier" grâce à de nouvelles installations, pose Mme Lacaze.

- Aimants -

Depuis 2012, l'usine chimique extrait des métaux purs à partir de matières premières issue de mines d'Australie-Occidentale, au terme d'un processus de séparation intensif et complexe.

Elle traite actuellement 11 des 17 terres rares et prévoit d'élargir encore son portefeuille pour y inclure des métaux lourds tels que l'yttrium et le lutétium, utilisés dans les lasers, l'imagerie médicale et le traitement du cancer.

Depuis l'usine, les sacs sont acheminés jusqu'à Port Klang, de l'autre côté de la Malaisie, et partent environ une fois par semaine par bateau vers le Japon, où les poudres métalliques sont transformées en aimants.

La plupart des sacs contiennent du NdPr, abréviation de néodyme-praséodyme, un mélange de terres rares et un matériau magnétique essentiel, et se vendent environ 100.000 dollars chacun.

D'autres oxydes de terres rares lourdes séparés, en quantités plus faibles - comme le dysprosium, le terbium et le samarium - sont tous vendus dans des bidons de 25kg.

En octobre dernier, la Chine a annoncé de nouvelles restrictions à l'exportation, renforçant encore sa mainmise sur cette matière première.

La décision a secoué les marchés et perturbé les chaînes d'approvisionnement, avant que Pékin n'annonce suspendre ces restrictions pendant un an.

L'approvisionnement en terres rares devrait être un sujet de discussion majeur lors de la rencontre prochaine entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, prévue à Pékin mi-mai.

Pour Lynas, le défi ne réside pas dans sa capacité de production, a déclaré le directeur des opérations, Pol Le Roux. Il faut plutôt des mesures incitatives pour stimuler la capacité en aval, qui "croît trop lentement", a-t-il déclaré à l'AFP.

Dans cette ligne, Mme Lacaze a indiqué que son entreprise s'était déjà associé à des fabricants d'aimants afin de combler le fossé entre le traitement des terres rares et la fabrication de ces pièces.

"Nous n'allons pas nous contenter de dire que nous allons nous réveiller demain, et devenir fabricant d'aimants", a-t-elle souligné.

- Déchets radioactifs -

Le traitement des terres rares requiert une forte utilisation de produits chimiques et peut générer des déchets toxiques, comme constaté en Chine, mais aussi dans le sillage d'activités illégales qui polluent les affluents du Mékong en Birmanie, au Laos et au Cambodge, avec de l'arsenic et du cadmium.

Lynas a obtenu début mars le feu vert du gouvernement malaisien pour poursuivre ses activités de traitement des terres rares dans le pays pendant encore dix ans.

Une licence délivrée malgré les inquiétudes soulevées par des organisations de défense de l'environnement telles que Greenpeace concernant la gestion de déchets radioactifs.

Dans leur dernier contrat, le gouvernement malaisien a ainsi exigé que l'entreprise mette fin, dans un délais de cinq ans, à toutes les activités générant des déchets radioactifs.

Lynas affirme toutefois que ces produits dérivés issus du raffinage des terres rares produisent un gypse (un minéral naturel servant notamment à fabriquer le plâtre) riche en magnésium, non toxique et non radioactif, ainsi qu'un phosphate de fer contenant un très faible niveau de matières radioactives naturelles.

Les dérivés existants sont déjà stockés dans une installation de stockage définitif "construite et gérée de manière à garantir que les matières n'aient pas d'impact sur l'environnement", a déclaré l'entreprise.

M. Le Roux soutient que les dérivés des terres rares émettent "moins de radioactivité qu'une banane" et que des audits de sécurité réguliers sont menés sur le site.

"Nous accordons de l'importance à tout ce qui provient du sol… et nous minimisons constamment les risques", abonde-t-il.

Lynas projette également au cours de la prochaine décennie de se diversifier davantage dans la production de terres rares, en ne les vendant plus seulement brutes, mais pour être utilisées comme des catalyseurs - c'est-à-dire une substance qui accélère ou facilite une réaction chimique.

Par exemple, les terres rares peuvent constituer un catalyseur important et à faible coût dans le commerce international d'hydrogène, un gaz difficile à transporter sur de longues distances mais qui peut être transformé en ammoniac pour résoudre ce problème. Les terres rares sont utilisées au moment de convertir de nouveau l'ammoniac en gaz.

"D'ici dix ans, je m'attends à ce que cette branche (d'énergie verte) représente une part substantielle de l'activité", a déclaré M. Le Roux.

T.L.Marti--NZN