Zürcher Nachrichten - La guerre en Ukraine, des "maisons russes" et la bureaucratie berlinoise

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La guerre en Ukraine, des "maisons russes" et la bureaucratie berlinoise
La guerre en Ukraine, des "maisons russes" et la bureaucratie berlinoise / Photo: Jastinder KHERA - AFP

La guerre en Ukraine, des "maisons russes" et la bureaucratie berlinoise

Comment faire payer à Moscou son invasion de l'Ukraine? A Berlin, la municipalité tergiverse, non pas sur des milliards d'euros, mais sur le sort de trois immeubles décrépits surnommés les "Maisons russes", et hérités de la période soviétique.

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Ces bâtiments de trois étages des années 1930 logeaient, pendant la Guerre froide, les forces soviétiques dans ce quartier de Berlin-Est, Karlshorst, où la capitulation nazie fut actée.

Depuis le départ de ces troupes d'occupation en 1994 à la suite de la réunification allemande et de l'effondrement de l'URSS, les édifices sont à l'abandon, se détériorant un peu plus chaque année.

Les édifices aux vitres brisées sont entourés de barrières de chantiers, et ne fournissent de toit qu'à des ratons laveurs de passage, tandis que des petits arbres et des herbes folles percent des balcons et des façades.

Lilia Usik, une conseillère municipale originaire d'Ukraine, mène donc campagne depuis deux ans pour faire saisir ces immeubles pour l'éventuel bénéfice de Kiev, même s'ils ne sont pas sur une liste d'avoirs sanctionnés par les Occidentaux.

L'élue note d'ailleurs que Berlin, au-delà de la guerre et de l'accueil de milliers d'Ukrainiens, manque trop cruellement de logements pour laisser des immeubles entiers en déshérence.

Les habitants "demandent encore et encore: qu'est-ce qui se passe avec ces bâtiments? Est-ce que politiquement vous pouvez faire quelque chose?", raconte Mme Usik.

Droit de la propriété, procédures administratives complexes, prudence diplomatique... Tout se conjugue, si bien qu'aucune procédure d'expropriation n'a même été envisagée.

L'élue assure taper à toutes les portes.

- Botter en touche -

Ces tergiversations ne sont pas sans rappeler celles des Européens, qui ont mis près de quatre ans pour trouver un compromis complexe pour faire bénéficier l'Ukraine de dizaines de milliards d'euros d'avoir russes gelés, sans pour autant saisir cet argent.

En cause, la crainte de représailles russes.

Kiev reproche aussi aux Européens leur frilosité sur d'autres dossiers, comme la saisie des pétroliers de la flotte fantôme russe dont les chargements financent l'effort de guerre du Kremlin, contournant les sanctions.

En Allemagne, le gouvernement n'a lui toujours pas trouvé de solution pérenne pour des filiales allemandes du géant pétrolier Rosneft, vestige de la vaste coopération énergétique russo-allemande d'avant-guerre.

S'agissant des "Maisons russes" de Karlshorst, à chaque échelon, on botte en touche.

Une solution serait une expropriation car le propriétaire, la Russie donc, ne respecterait pas une obligation d'entretien des lieux.

Autre idée: mettre à profit le fait qu'un des édifices est classé monument historique.

"Je n'ai jamais pu découvrir la raison pour laquelle aucune solution n'a été trouvée pour ces bâtiments", poursuit Mme Usik, originaire de la région de Donetsk, ravagée par les combats et dont Vladimir Poutine revendique l'annexion.

Interrogée par l'AFP, la mairie de Berlin assure avoir besoin de l'accord de la Russie pour utiliser ces bâtiments, "ce qui n’est pas le cas à ce jour ", note-t‑elle, précisant avoir sollicité l'ambassade en 2020 pour un rachat, sans jamais recevoir de réponse.

Quant à une éventuelle procédure d'expropriation ? La mairie de la capitale renvoie vers celle de l'arrondissement de Lichtenberg, qui englobe Karlshorst. Et celle-ci en retour se borne à assurer "se coordonner avec les autorités municipales et le ministère des Affaires étrangères".

Du côté de la diplomatie allemande, sollicitée elle aussi par l'AFP, on se juge incompétent, relevant que ces édifices n'ont pas de statut diplomatique, et que donc la Russie "a les mêmes droits et obligations que tout autre propriétaire" privé.

Statu quo donc. Et un sujet sur lequel l'ambassade russe, sollicitée par l'AFP, ne veut pas s'exprimer.

jsk-alf/clp/lpt

P.E.Steiner--NZN