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"Ca me rend malade", se désole vendredi Neal Racioppo, fidèle spectateur du Kennedy Center, à l'idée que ce haut lieu culturel de Washington risque de disparaître sous les assauts répétés de Donald Trump.
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Habitant de Washington depuis 25 ans, il est venu se joindre à la chaîne humaine qui s'est formée vendredi à la nuit tombante autour de l'imposant rectangle de marbre blanc, jusque sur son esplanade ouverte sur le fleuve Potomac. Tant bien que mal, beaucoup le long des barrières installées depuis la fermeture du Kennedy Center mercredi, d'autres assis sur les murets, certains sous l'échafaudage et les bâches restés en place depuis que la justice a ordonné le retrait du nom de Donald Trump de la façade en juin.
La prestigieuse salle de spectacles reste porte close depuis mercredi, de manière "temporaire" selon ses responsables, et la justice doit encore se prononcer sur une fermeture de longue durée pour des travaux d'envergure, votée par son conseil d'administration et voulue par Donald Trump - qui continue de réclamer d'y faire figurer son nom.
- "Pas un lieu politique" -
"C'est un lieu important pour l'art, pour cette ville, ce pays, et le monde. Ce que fait le président Trump est méprisable et écœurant", désapprouve Neal Racioppo. "Comme il ne peut pas inscrire son nom sur ce bâtiment si cher, il en prive le monde. C'est révoltant."
Lizzy Andrew est, elle, montée sept fois sur les différentes scènes du Kennedy Center, dont une pour chanter avec l'Orchestre symphonique national (NSO).
Que Donald Trump semble songer sérieusement à sa démolition - comme le suggèrent des photos de l'AFP - la "met extrêmement en colère". "Il n'a pas le droit de décider qu'une institution, un mémorial pour un ancien président, peut être démoli. C'est important qu'on se mobilise pour le dire", déclare la jeune trentenaire.
Lela Agnew est venue défendre un centre culturel qui "appartient à tous les Américains et aux gens du monde entier", "un mémorial pour un de nos présidents qui défendait les arts et la paix" et "un lieu particulier pour ma famille", énumère-t-elle à l'AFP.
"Je viens ici depuis près de cinquante ans. J'y ai littéralement grandi et j'y ai amené mes enfants jusqu'à la fermeture. Ce n'est pas un lieu politique", reprend cette habituée de l'activité quotidienne gratuite proposée à 18H00, responsable dans une ONG.
- "Taudis" -
Douglas Bergner, ex-consultant politique à la retraite, abonde : "Tout ou presque me déplaît dans ce que fait l'administration Trump, mais particulièrement avec le Kennedy Center, qui n'est pas du tout une chose politique."
Craint-il sa démolition pure et simple ? "Je ne serais pas surpris qu'ils en soient capables, on l'a vu avec l'aile Est de la Maison Blanche, on l'a vu avec USAID, les bâtiments sont sous la menace de sa vanité", estime-t-il.
Dans la chaîne humaine, formée par plus d'un millier de personnes, on applaudit et on chante. Sur les pancartes, s'affichent "Art égal liberté, art contraire de contrôle", "Pas touche au Kennedy Center", "Elisez un clown, attendez-vous à un cirque".
"Cet endroit est un taudis. Ca fait des années que c'est un taudis. Ca fait des années qu'il perd de l'argent", a encore attaqué Donald Trump dans l'après-midi.
"Si nous nous engageons pour sauver le Kennedy Center, l'administration Trump mérite de la reconnaissance", considère-t-il.
Neal Racioppo repense à une pièce de théâtre qu'il a vue récemment. Voltaire y prononce ces mots: "La vie est un naufrage mais nous ne devons pas oublier de chanter dans les canots de sauvetage", relate-t-il.
La soirée "ressemble à cette image dans un canot de sauvetage, compare-t-il, et je suis heureux de chanter avec mes voisins."