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Réseaux mobiles à tout-va contre tempêtes imprévues: l'ONU a alerté lundi sur les risques que fait peser l'essor de la téléphonie mobile sur les fréquences radio utilisées par les météorologues pour observer l'atmosphère et prévoir les intempéries.
Certains capteurs mesurent des signaux naturels à des fréquences spécifiques, ce qui rend particulièrement importante leur protection contre les interférences nuisibles.
L'utilisation croissante de fréquences par d'autres services de radiocommunication, notamment les communications sans fil et les services satellitaires, accroît le risque d'interférences susceptibles d'affecter les bandes de fréquences dédiées aux systèmes d'observation météorologique, selon un communiqué de l'Union internationale des télécommunications (UIT) et l'Organisation météorologique mondiale (OMM).
Ces interférences radioélectriques peuvent perturber les mesures, réduire la qualité ou la disponibilité des données et, par conséquent, compromettre la fiabilité des prévisions et des alertes.
Réunies cette semaine à Genève pour un séminaire d'experts, les deux agences de l'ONU appellent les gouvernements et les autorités de régulation à préserver l'accès aux fréquences indispensables à la météorologie, qui sont protégées par le Règlement des radiocommunications de l'UIT.
"A l'heure où nous parlons, des satellites mesurent les changements qui s'opèrent dans nos océans et notre atmosphère. Les radars suivent l'évolution des tempêtes et chaque jour, plus de 1.500 radiosondes sont embarquées à bord de ballons-sondes pour scruter le ciel", a expliqué Doreen Bogdan-Martin, secrétaire générale de l'UIT.
"Prévenir les brouillages radioélectriques nuisibles est une question de sécurité publique et peut sauver des vies", a-t-elle indiqué, déplorant que, "rien qu'en Europe, près de 90% des radars météorologiques subissent chaque année des interférences nuisibles".
L'UIT établit le cadre international d'utilisation du spectre des fréquences radioélectriques, mais ce sont ensuite les Etats et leurs autorités nationales qui en assurent la gestion et autorisent l'utilisation des fréquences sur leur territoire.
- Coût économique -
"Le spectre des radiofréquences est une ressource naturelle limitée. La météorologie repose sur des bandes de fréquences spécifiques - non pas par choix, mais en raison de propriétés physiques de l'atmosphère elle-même : elles permettent des observations qu'aucune autre fréquence ne peut fournir", a expliqué la secrétaire générale de l'OMM, Celeste Saulo.
"Ces bandes doivent être protégées. Protéger les fréquences qui nous permettent d'observer l'atmosphère, c'est protéger les prévisions météorologiques et les systèmes d'alerte précoce dont dépend chaque pays", a-t-elle insisté.
Les radars météorologiques, les radars profileurs de vent, les radiosondes, les réseaux de détection de la foudre, les observations aéronautiques et maritimes et systèmes de surveillance hydrologique dépendent ainsi tous de l'accès à ces fréquences spécifiques.
Mme Saulo a donné un exemple concret : "une tempête se manifeste à travers les faibles signaux naturels qu'elle émet, ainsi que par les échos renvoyés par les signaux que nous lui envoyons pour la détecter".
"Tout cela est possible parce qu'il existe une relation physique entre la taille des gouttelettes et des cristaux de glace présents dans les nuages et le spectre des fréquences", a-t-elle ajouté.
La moindre erreur dans les données peut avoir des conséquences humaines tragiques mais aussi économiques.
"Les phénomènes météorologiques, climatiques et hydrologiques extrêmes représentent plus de la moitié de toutes les catastrophes recensées, dont le coût total dépasse désormais 2.300 milliards de dollars par an", a averti Mme Bogdan-Martin.
Les fréquences radioélectriques sont aujourd'hui très fortement sollicitées, notamment par les télécommunications commerciales.
"Auparavant, il était possible de répondre à la demande en se tournant vers des bandes de fréquences plus élevées et moins utilisées. Mais aujourd'hui, pratiquement toutes les bandes sont déjà utilisées", a expliqué à l'AFP Vadim Nozdrin, conseiller à l'UIT.
Il a également déploré que dans de nombreux pays, l'attribution des fréquences "est guidée par des intérêts commerciaux", notamment lorsqu'elles sont vendues aux enchères aux opérateurs mobiles.
L.Rossi--NZN