Zürcher Nachrichten - Au large de la dune du Pilat, un "joyau" de biodiversité en péril

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Au large de la dune du Pilat, un "joyau" de biodiversité en péril
Au large de la dune du Pilat, un "joyau" de biodiversité en péril / Photo: Philippe LOPEZ - AFP

Au large de la dune du Pilat, un "joyau" de biodiversité en péril

"Du jamais vu": dévoré par les tempêtes hivernales, le banc d'Arguin, îlot "mouvant" de sable aux allures de carte postale près d'Arcachon (Gironde), est désormais réduit à peau de chagrin, menaçant les oiseaux qui y nichent depuis son classement en réserve naturelle.

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Face à la touristique dune du Pilat, ce banc de sable de l'océan Atlantique, constitué il y a des millénaires lors de la formation de l'embouchure du bassin d'Arcachon, est passé de 7 km de long à 2 km en quelques années.

Sa dune végétalisée, qui abrite goélands, sternes caugek et huîtriers pie, a été considérablement réduite ces derniers mois par le passage des deux tempêtes hivernales Nils et Pedro, selon la Sepanso, l'association chargée par l'Etat de la gestion de cette réserve naturelle nationale, classée depuis 1972.

Le banc, "mouvant", varie entre cycles d'expansion et de rétrécissement, mais "une réduction à cette vitesse, cette dynamique et cette intensité, c'est du jamais vu", explique sur place Xavier Chevillot, le directeur de la Sepanso.

- "Déboussolés" -

Les 800 goélands revenus ce printemps pour la période de reproduction paraissent "déboussolés" et "un peu perdus", jauge le gestionnaire de la réserve Benoit Dumeau en observant les volatiles tourner autour d'un talus de sable herbacé, vestige d'une dune refuge qui s'étendait sur une dizaine d'hectares avant l'hiver, sur une zone interdite d'accès sous peine d'amende.

"Lui est de ce matin ... et il va se faire emporter à la prochaine marée", ajoute le conservateur en désignant un œuf pondu à flanc du minuscule monticule de sable, sans y toucher, car l'oiseau marin serait ensuite "incapable de le retrouver".

"Ils se sont reproduits ici-même l'an dernier mais ne retrouvent plus la végétation qu'ils ont connue. On va voir comment ils s'adaptent mais c'est mal parti", observe le gestionnaire, dubitatif, tout en espérant "un retour à l'équilibre" du banc ou "un nouveau refuge" ornithologique sur un îlot sableux voisin ces prochaines années.

Pour Véronique Lafon, directrice d'une société de surveillance environnementale par satellite et océanographe de formation, ce "joyau" est "condamné à disparaître" mais "un autre banc" de sable "plus fort", le remplacera et proposera "le même type d'habitat" à la faune, dans un "mécanisme naturel assez classique" de déplacement de sédiments.

Dans cette zone entre océan et lagune, les marées et les vagues agissent comme une chasse d'eau en "redistribuant continuellement" le sable, compare Nadia Sénéchal, océanographe à l'université de Bordeaux.

- "Remplacement" -

"Les gens imaginent qu'un banc est quelque chose de statique. On lui a donné un nom, mais sa morphologie, son positionnement et le sable sont renouvelés en permanence", dit la chercheuse, pour qui "il y aura toujours des bancs de sable" à cet endroit.

Présents sur Arguin depuis les années 1980, les ostréiculteurs n'ont pas le temps d'attendre ce "réajustement" ou ce "remplacement" du banc.

Près de 85 parcelles d’élevage, ensablées ou disparues, ont été réinstallées à l'intérieur du Bassin, selon le syndicat local de la conchyliculture.

"C'était un peu un eldorado, avec une meilleure qualité d'eau et d'apport planctonique pour des huîtres bien charnues", raconte l'ostréiculteur Thomas Cunado, qui a déplacé ses parcs ailleurs avant le rétrécissement "spectaculaire" de l'hiver.

"Le banc a toujours bougé, mais ça c'est accéléré et on est obligé de s'en aller."

Selon la Sepanso, jusqu'à 1.200 bateaux de plaisanciers venaient y mouiller quotidiennement l'été jusqu'en 2020 lors d'un précédent cycle de "réengraissement" du banc, que le journal Sud Ouest avait baptisé "les Champs-Élysées estivaux du bassin d’Arcachon" dans les années 1960, avant son classement en réserve.

Pour l'été, la préfecture promet toujours d'autoriser un bref débarquement aux touristes, sur une petite partie d'Arguin, afin de "permettre une appropriation par le public de ces objets naturels pour être en capacité de les protéger", loin du "cœur naturel de la réserve" balisée par une ceinture de panneaux, de chaînes et de bouées en mer.

L.Zimmermann--NZN