AEX
-1.9400
Après une première journée de débarquement aux Canaries de près d'une centaine de passagers et membres d'équipage du MV Hondius, où a été détecté un foyer d'hantavirus, les opérations d'évacuation s'échèveront lundi, avant le départ du bateau de croisière vers les Pays-Bas.
Dimanche, au cours d'une journée "très intense", 94 passagers et membres d'équipage ont été évacués au total, de 19 nationalités différentes, a annoncé à la presse la ministre espagnole de la Santé, Mónica García.
Les Espagnols ont quitté en premier le navire, sous étroite surveillance, vêtus de combinaisons de protection individuelle jetables et de masques FPP2, suivis de peu par les Français et des occupants d'autres nationalités. Au fur et à mesure de la journée, les évacués ont quitté en avion l'archipel espagnol pour rentrer dans leur pays d'origine.
La crise à bord du Hondius a suscité l'inquiétude dans le monde, ravivant les souvenirs du Covid, même si à ce stade, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) ne recense que six cas confirmés d'hantavirus parmi huit cas suspects, comprenant trois personnes décédées de ce virus connu mais rare. Cette maladie, pour laquelle il n'y a ni vaccin ni traitement, peut notamment provoquer un syndrome respiratoire aigu.
Lundi matin, aucune évacuation ne sera réalisée en raison du ravitaillement en carburant nécessaire au bateau avant son trajet de plusieurs jours vers les Pays-Bas, selon la Protection civile espagnole et les autorités portuaires.
- Ultime vol vers l'Australie -
Le débarquement reprendra ainsi uniquement dans l'après-midi et se terminera avec un ultime vol en direction de l'Australie, puis le Hondius quittera le port de Granadilla et reprendra sa route dans l'Océan Atlantique vers 19h00 (18h00 GMT), d'après les autorités espagnoles.
Au total, plus d'une centaine de personnes de 23 nationalités doivent être évacuées en moins de 48H dans cette opération qualifiée de "complexe" et "inédite" par Madrid, en plus des trois personnes déjà débarquées il y a quelques jours au Cap-Vert.
Considérés comme des "contacts à haut risque" par l'OMS, ils devront tous faire l'objet d'une surveillance pendant plusieurs semaines, l'organisation basée à Genève "recommandant (une quarantaine) de 42 jours" pour éviter une éventuelle propagation du virus.
L'ensemble des 14 Espagnols évacués, tous asymptomatiques, a déjà été mis à l'isolement à l'hôpital militaire Gómez Ulla, dans le sud-ouest de Madrid.
Pour les cinq Français du Hondius qui ont atterri en fin d'après-midi au nord de Paris, la donne est légèrement différente car l'un d'entre eux a "présenté des symptômes dans l'avion", a annoncé le Premier ministre Sebastien Lecornu, ce qui a poussé les autorités à les placer "tout de suite en isolement strict jusqu'à nouvel ordre".
Des mesures d'isolement pour les cas contacts vont être mises en place.
- Protocole américain différent -
Un haut responsable sanitaire américain a de son côté affirmé que les passagers américains évacués du Hondius ne seront pas nécessairement placés en quarantaine, même s'ils resteront sous surveillance pendant plusieurs semaines, soit le même "protocole que lors d'une épidémie de 2018 de cette souche exacte du hantavirus".
Interrogé sur cette différence par rapport aux autres pays concernés, le patron de l'OMS a estimé que cela "(pouvait) présenter des risques". Mais "nous n'imposons rien", a-t-il ajouté.
Les recommandations de l'OMS, qui prévoient dans ce cas précis "42 jours de quarantaine" pour les cas contacts, sont "très claires", a toutefois relevé Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Dimanche, quelques heures après l'arrivée du MV Hondius au port industriel de Granadilla, sur l'île de Tenerife, a débuté le ballet régulier des passagers et membres de l'équipage pour quitter le navire et les Canaries.
Le protocole, très strict et supervisé sur place par le patron de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus, était le même pour tous: les occupants ont tour à tour pris place à l'arrière d'un zodiac pour regagner la terre ferme, où un car de l'armée espagnole les attendaient pour les emmener jusqu'à l'aéroport de Tenerife-Sud, à une dizaine de minutes de route.
Sur le tarmac, l'AFP a vu les évacués descendre du bus, changer de combinaisons, avant de monter dans les avions qui les attendaient.
- Souche rare -
Des vols de rapatriement sont arrivés aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et d'autres sont partis en direction de l'Irlande, du Canada, de la Turquie et le dernier de la journée devait partir vers les Etats-Unis.
La variante du virus détectée à bord du Hondius, l'hantavirus Andes, est une souche rare qui peut se transmettre d'homme à homme avec un délai d'incubation pouvant aller jusqu'à six semaines.
L'hantavirus se transmet généralement à partir de rongeurs infectés, le plus souvent par l'intermédiaire de leur urine, de leurs excréments et de leur salive.
Face à cette crise sanitaire inattendue, les autorités régionales des Canaries avaient affiché leur opposition à l'accostage sur l'archipel du MV Hondius, parti le 1er avril d'Ushuaïa en Argentine, des habitants exprimant également leurs craintes.
L'OMS martèle de son côté que la situation actuelle n'est pas comparable à celle du début de l'épidémie mondiale de Covid-19 en 2020.
X.Blaser--NZN