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Les pompiers épuisés après une saison des feux particulièrement éprouvante et plusieurs vagues caniculaires attendaient du gouvernement des moyens financiers, matériels et humains. Au premier jour de leur grève mardi, ils sont ressortis du ministère de l'Intérieur "désabusés" et empreints d'un "sentiment de mépris".
"Nous attendions une grande loi, nous découvrons aujourd'hui un texte qui évite les sujets essentiels", a réagi lors d'un point-presse Xavier Boy, du syndicat FA SPP-PATS et porte-parole de l’intersyndicale de pompiers professionnels.
En première ligne depuis juin face aux feux d'une virulence inédite, tout en assurant au quotidien les secours à la personne, les neuf organisations syndicales ont été reçues par le directeur de la sécurité civile qui leur a présenté dans la matinée les premiers chapitres d'un projet de loi dit de modernisation de la sécurité civile.
Pour faire entendre leurs revendications, les syndicats ont appelé à partir de mardi à une mobilisation nationale. Leur préavis court a "minima" jusqu'au 20 octobre, ont-ils rappelé, soit la date du début de l'examen du projet de loi de finances censé contenir d'autres mesures les concernant.
"On ne fait pas grève pour avoir des primes, on fait grève pour vous, pour la distribution des secours, on fait grève pour la population", insiste M. Boy qui évoque un "sentiment de mépris" pour la profession et par-delà, de la population même.
"La colère va monter, elle gronde dans les casernes" et "avec ce qu'on vient d'avoir ce matin, elle n'est pas près de s'apaiser, ça c'est une certitude", prévient-il.
Même si le mouvement n'a pas d'impact sur les secours car des réquisitions sont possibles, les attentes sont très fortes et les pompiers professionnels (des fonctionnaires territoriaux), comptent déployer banderoles et messages sur les camions ou comme les représentants syndicaux, un écusson "gréviste" noir scratché sur l'épaule.
Depuis 2002, le nombre d’interventions des pompiers a progressé de plus de 30%, et la part du secours d’urgence aux personnes est passée de 59% à 87% des missions, sur fond d'augmentation des risques liés au réchauffement climatique.
- "Toilettage" -
Plus de 20 ans après la dernière loi de modernisation, les pompiers attendaient beaucoup du texte né du Beauvau, cette concertation entamée en 2024 mêlant pompiers, Samu, collectivités et autres acteurs d'un système sous haute tension avec des départements, principaux financeurs, à l'os.
Mardi, "on a eu la présentation d'un projet de loi Matras II", tranche Manuel Coullet (SUD). "C'est juste la suite, un toilettage, des ajustements de la loi Matras" de 2021 visant à consolider le modèle de sécurité civile. "On n'est pas sur une réforme ambitieuse."
A titre d'exemple, il cite l'idée prévue dans le texte que des départements puissent recruter deux directeurs adjoints supplémentaires ou l'introduction de journées nationales de résilience, quand les pompiers eux réclament des camions, plus "de pompiers dans les camions", plus de "moyens financiers pour armer ces camions".
David Saquet parle lui de "grand vide": "Tout ce qui est argent, finances, moyens matériels, ils se sont cachés derrière la Lopmi (loi de programmation du ministère de l'Intérieur, NDLR) et la loi de finances 2027".
Selon le document consulté par l'AFP, le projet de loi traite de la modernisation des SIS et l'"adaptation des moyens humains".
Il comprend également un renforcement du pilotage de la mission de secours d'urgence via un contrat territorial qui prévoit de placer la coordination entre Samu, ambulanciers privés, SDIS et associations agréées de type Protection civile, sous l'autorité du préfet chargé de définir les responsabilités de chacun.
Les syndicats réclament l'embauche de 21.000 professionnels, un nombre calculé sur la base d'un rapport de l'Inspection générale de l'administration (IGA) de 2025, autant de postes aujourd'hui occupés par des pompiers volontaires.
D'autres mesures du projet de loi sont en attente de validation interministérielles.
D'ici là, les syndicats appellent aussi à manifester le 29 septembre à Paris.
W.Vogt--NZN