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Accueilli en héros à Brest, l'aventurier Guirec Soudée a pulvérisé samedi de près d'un mois le record du tour du monde à l'envers, devenant le skipper le plus rapide contre vents et courants dominants, à bord du maxi-trimaran MACSF.
Le marin breton de 34 ans a bouclé ce tour du monde d'est en ouest en 94 jours, 21 heures et 58 minutes, en franchissant samedi à 9H34 la ligne virtuelle d'arrivée, située entre l'île d'Ouessant (Finistère) et le cap Lizard, à la pointe sud-ouest de l'Angleterre.
Il a été accueilli sur les quais de Brest par des centaines de supporters enthousiastes, scandant "Guigui, Guigui!" et agitant des drapeaux bretons. "A l'envers, t'es le meilleur", proclamait une pancarte.
"Je ne sais pas si je mérite tout ça, mais merci, merci pour l'arrivée", a réagi le navigateur au visage radieux, disant ressentir "beaucoup d'émotions, de plaisir, de fatigue aussi".
Depuis son départ le 23 décembre dernier, Guirec Soudée a parcouru plus de 37.670 milles (environ 70.000 km) autour du globe. Il détrône le navigateur vendéen Jean-Luc Van Den Heede, qui avait établi le précédent record en 2004, en 122 jours et 14 heures, à bord du monocoque Adrien.
Le navigateur de 80 ans, qui attendait Guirec Soudée sur le ponton, s'est dit "très content" d'avoir vécu "assez longtemps pour voir quelqu'un battre (son) record".
- "C'était pas gagné"-
Le jeune père de famille devient le sixième skipper à boucler un tel tour du monde et le premier à le faire en multicoque, là où ses prédécesseurs avaient tous utilisé un monocoque, navire plus stable et résistant aux conditions difficiles qu'impose cette route à contresens.
"Partir faire un tour du monde dans ce sens-là, c'est plus qu'un record, c'est une vraie aventure, une vraie exploration", a dit Guirec Soudée. "Je suis content d'être arrivé au bout parce que c'était pas gagné!"
Le parcours a été semé d'embûches pour le trentenaire qui s'était fait connaître du grand public lors d'un voyage autour du monde entre 2014 et 2018 avec sa poule Monique, suivi d'une double traversée de l'Atlantique à la rame (2020-2021).
Pour contourner les dépressions qui lui faisaient face, et bénéficier de vents plus portants, il a parcouru 15.500 milles nautiques (environ 29.000 km) de plus que son prédécesseur il y a 22 ans.
"J'ai pratiquement fait deux fois la route normale mais je suis allé au bout! Et c'est ça qui compte!", a lancé Guirec Soudée.
Après le Cap Horn en janvier, il avait notamment dû remonter très au Nord, loin de la route la plus directe, pour éviter des conditions trop rugueuses et préserver son bateau.
Le marin a ensuite été contraint de naviguer pendant plusieurs semaines avec un safran tribord endommagé par une collision avec un engin de pêche après le cap de Bonne-Espérance, zone qui a failli coûter cher à sa tentative.
- "Part de chance" -
Malgré ces péripéties, "jamais, je n'ai pensé à abandonner, je serais allé jusqu'au bout quoi qu'il arrive", a souligné le skipper, disant avoir eu de la chance car "il y a une vraie part de chance dans ce type d'aventure".
Le record du tour du monde à la voile "classique", c'est-à-dire en naviguant vers l'Est, a été établi en janvier dernier par Thomas Coville et ses coéquipiers en 40 jours et 10 heures, lors du Trophée Jules Verne. Venu accueillir Guirec Soudée à Brest, Thomas Coville, 57 ans, a vanté "le côté éclectique" de son cadet.
"Il m'émeut parce qu'il est tout ce que je ne suis pas. Il est très libre dans sa manière d'être, très aventurier dans sa manière de penser et dans ce qu'il entreprend", a-t-il décrit.
Guirec Soudée, qui avait terminé 23e du dernier Vendée Globe, s'est attaqué au tour du monde à l'envers à bord de l'ancien Géronimo d’Olivier de Kersauson, mis à l'eau en 2001, redessiné en 2012-2013, et rebaptisé Ultim MACSF. Il doit participer en novembre à la Route du Rhum, course transatlantique reliant Saint-Malo à la Guadeloupe.
Mais avant cela, "j'ai hâte de pouvoir me reposer un peu", a-t-il dit.
L.Muratori--NZN